Chassez les idées reçues, elles reviennent au galop. Ignorez-les, elles se renforcent. La télésurveillance médicale, bien que mature sur le plan technique et dotée d’un solide cadre réglementaire et financier, souffre encore de quelques clichés. Selon les cas, des échos de craintes légitimes mais pas irrémédiables, ou des vestiges d’un temps passé où la pratique était encore balbutiante.
Affronter ces croyances par le dialogue aide à lever les freins résiduels, qu’ils soient culturels ou organisationnels, en vue de bâtir une filière à la hauteur de son potentiel, pour davantage de patients. Voici le premier volet de notre série de réponses aux préjugés les plus courants :
1. « La télésurveillance, c’est chronophage »
La crainte d’être dérangé(e) pour un oui ou pour un non par des alertes intempestives occupe parfois les esprits. La réalité est autre : le pré-tri par l’équipe paramédicale ou le PSDM permet au médecin de n’avoir à traiter que les alertes pertinentes.
En outre, il ressort d’une étude prospective observationnelle(1) sur la télésurveillance des patients ventilés « que la charge de travail pour l’équipe de télésurveillance est acceptable et qu’elle peut être diminuée en individualisant le réglage des alertes ». Ce bénéfice s’accroît après la phase d’apprentissage et à mesure que la télésurveillance se généralise.
2. « La réglementation est trop complexe »
Vous voulez dire précise et complète ? Les textes réglementaires(2), parce qu’ils sont fournis et suffisamment détaillés, facilitent justement l’adoption et la mise en place de la télésurveillance par les professionnels en santé, les accompagnant à chacune des étapes. Cet encadrement longtemps souhaité et désormais réalité soutient le processus d’amélioration continue des pratiques.
Il existe même depuis juillet 2025 un guide sur les enjeux éthiques de la télésurveillance3, qui n’a pas valeur normative mais aide à se poser de bonnes questions.
3. « Le modèle économique est flou et peu rentable »
Une telle assertion appelle une mise au point. Sur le plan financier en France, les règles sont claires : l’acte de télésurveillance est remboursé à l’Opérateur par l’Assurance Maladie (28€/mois/patient) pour les patients insuffisants respiratoires chroniques éligibles(4). La fourniture du dispositif médical numérique (DMN) est quant à elle remboursée à l’Exploitant (50€/mois/patient). Ces forfaits s’ajoutent à la prescription du médecin et à la prise en charge ventilatoire LPP.
En plus de ces revenus directs et récurrents, la télésurveillance favorise sur la durée une organisation des soins plus efficiente, par la réduction des admissions hospitalières et des coûts associés(5), une optimisation de la charge de travail et une gestion moins chronophage de l’équipement(5,6).
Encore des hésitations à vous lancer dans la télésurveillance ? N’hésitez pas à nous contacter !
Références :
1. Arnal JM., Arnaud PY., Courtières E., Roucou M., Balzeau P., Desteffani P., Garnero A., 2024. Mise en place du forfait télésurveillance de la VNI : premières expériences. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877120324002453
2. Haute Autorité de santé, avis d’inscription adopté le 21 mars 2023 : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2023-03/tls_lg_insuffisance_respiratoire_chronique_dm_eval-320_avis_du_21_03_2023.pdf
3. https://esante.gouv.fr/actualites/telesurveillance-medicale-penser-le-soin-distance-avec-ethique
4. Patients éligibles : les patients relevant des indications de l’ALD 14 (insuffisance respiratoire chronique grave) sous ventilation non invasive (VNI) et/ou les patients insuffisants respiratoires chroniques sous oxygénothérapie à court ou long terme.
5. Cardoso Pinto A., Almeida J., Candeias Pinto S., Pereira J., Gouveia A., De Carvalho M., 2011. Home telemonitoring of non invasive ventilation decreases healthcare utilization in a prospective controlled trial of als patients. HAL open science. DOI : https://hal.science/hal-00574381v1
6. Réginault T., Bouteleux B., Wibart P., Mathis S., Le Masson G., Pillet O., Grassion L., 2023. At-home noninvasive ventilation initiation with telemonitoring in amyotrophic lateral sclerosis patients: a retrospective study. ERJ OPEN RESEARCH. DOI : https://doi.org/10.1183/23120541.00438-2022